Titre : Gueule d'ange
Auteur : Jacques Bissonnette
Editeur : Alire (2001 - 333 pages)
Genre : Polar
Histoire et Critique :Source : Ici
Je n'ai pas réussi à trouver le quatrième de couverture du livre mais j'ai trouvé ceci à la place. C'est un très bon livre que j'ai dévoré en 2 jours. Quand on commence ce livre on a simplement plus le goût d'arrêter de le lire !
Jacques Bissonnette aborde avec son polar intitulé "Gueule d'ange" un sujet méconnu, celui du monde du body-piercing. Les manifestations visibles de cet univers forment la pointe de l'iceberg. Que se cache-t-il sous l'eau? On croirait que des requins sont à la recherche de proies pour combler leur appétit pécuniaire. C'est l'impression qui se dégage de ce roman ancré dans les milieux glauques de Montréal, qui rassemblent au centre-ville les adolescents marginaux et leurs semblables des quatre coins du Québec.
Le titre de l'oeuvre exprime bien ce que l'on voit. Mais, comme le feu sous la cendre, ces faces d'ange couvent une révolte à peine contenue par la drogue, la prostitution, le body-piercing. C'est toute une race qui revête des vêtements militaires servant au camouflage pour signaler que nous représentons l'ennemi à abattre. Autrefois, le perçage indiquait le passage de l'adolescence au monde adulte dans les cultures primitives. Aujourd'hui, il constitue "une façon de se démarquer dans un monde dénué de valeurs et d'affirmer sa liberté face aux comportements sociaux établis."
Mais ce que ces jeunes ne savent pas, c'est que certains appuient leur démarche dans le but de s'enrichir à leurs dépens. On les embrigade, de force même, dans un réseau illicite qui exploite la faiblesse humaine. Leur refus de suivre la voie tracée entraîne souvent la mort. C'est ce qui arrive à deux membres d'un trio composé d'adolescentes en fugue interpellées par des adeptes du body-piercing.
L'enquête qui s'en suit amène une policière dévouée, qui se prend de sympathie pour Dahlia, la gueule d'ange du polar. Celle-ci n'est pas sans éveiller chez elle ses relations tendues avec sa mère. Cette équation existentielle fournit le zèle nécessaire pour démembrer un réseau de fans du body-piercing qui se sert de cette mode pour abuser sexuellement des adolescentes à qui on suspend des anneaux à leur sexe.
Jacques Bissonnette sert une mise en garde aux jeunes et aux parents contre toutes les panacées aptes à sauver les jeunes de l'enfer familial. Son roman plonge dans un univers visible que l'on peut identifier à la crise qui précède l'entrée dans le monde adulte. Mais malheureusement les milieux glauques font des offres aux adolescents qu'ils ne peuvent pas refuser comme dans l'univers mafieux. Bref, on change d'enfer.
Ce roman colle à la réalité montréalaise. L'auteur l'a écrit avec un réalisme qui prend ses distances du sensationnalisme. Cette oeuvre assez volumineuse est structurée avec une habileté qui évite les longueurs sans compter l'écriture qui lui donne un rythme endiablé. C'est un polar bien réussi, même si l'on peut douter de la très grande chaleur humaine démontrée par la policière et ses confrères. Normalement on arrête l'âme récalcitrante pour la confier à la DPJ, seul organisme responsable des conduites délinquantes des jeunes.